imagesVoici que les heures m'échappent. Un visage s'efface. Ses yeux se sont fermés et les miens restent béants par-delà la nuit... Tu es parti d'un battement d'aile, d'un seul, sans au-revoir et persuadé de ton proche retour. Nous voici tous anéantis et béats devant ton absence, hébétés de tant de solitude. 

Quand je te regarde, je te vois parfait mélange d'eux deux: le physique de notre père, un peu rude et carré, et le côté sauvageon et secret de notre Maman avec sa douceur en plus.

Je me rappelle encore comment tes mains carrées de menuisier ont enveloppé avec délicatesse la grenouillère de ma fille à peine née. Je te revois soigner tes abeilles et chasser l'importune avec bienveillance. Je me souviens des Noëls dans l'attente de la corbeille à linge jaune qui couronnait la veillée, des retrouvailles sans questions, bien plus tard, de ton humour ravageur parfois tellement effronté mais toujours drôle, de ta main sur mon épaule, de nos rires aux dépens des maladresses de notre père. Désormais, tes ironies sur mes tongues ne résonneront plus à mes automnes et je ne saurai plus sans toi dans quel sens tourner la fondue. Je comprends finalement qu'au travers de ce que l'on tisse patiemment au fil des jours, on ne se connaît jamais vraiment.

Il me reste aujourd'hui à lever les yeux vers le Ciel et à puiser bien au fond de mes croyances pour que demeurent à jamais ces mille souvenirs, ce partage de vie peu commun mais dans lequel j'ai pu voir l'immensité de ton coeur, justement. Il me reste qui tu as été à travers ce que nous avons partagé, à travers ce que nous avons enduré de part et d'autre et ensemble. 

Sache enfin que ton épaule contre la mienne, au petit matin d'un jour du mois de novembre, envers et contre tous, fut la plus belle preuve d'amour que tu m'aies donnée. 

Ciao, Grand, tu vas me manquer.