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Je suis sortie de cet enfer, rentrée à la maison après les convenances et j'ai pris une douche. Laissant couler l'eau sur mon coeur fatigué, j'imaginais qu'elle emmenait avec elle les calomnies qu'il avait creusées sur ma peau. Salie ma mémoire, celle des êtres chers, celle des gestes ultimes de bienveillance. Salie ma ligne de conduite que je ne changerai pas pour autant, salis les sentiments purs et les bons. J'ai senti vibrer la haine, le poids de l'ironie, le ton sauvage du désespoir et l'énergie du bien qu'on transforme en mal.

Il faudrait que je fasse pareil. Il faudrait que je salisse aussi et je vomisse ces heures de souffrances, ces années d'incompréhension où chaque erreur se paie aujourd'hui au prix fort. Il faudrait que je trahisse ma morale et que je m'abaisse à m'avilir à mon tour pour être à son niveau. Et bien non. Je ne ferai que contre-attaquer. Croiser la flamberge si bien qu'à la fin je ne serai gagnante que de l'avoir brandie et jamais plantée. Les souillures, je les laisse aux autres. Je les ai par trop connues avant. Je ne veux que quitter ce passé qui me construit pour avancer vers demain et amener mes enfants vers cette paix qu'ils méritent. Et leur paix ne passera pas par ma boue.

"La pureté est le pouvoir de contempler la souillure" Simone Weil.