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J'ai marché comme un automate vers cette porte que j'allais passer plus tard dans l'autre sens, amputée d'un morceau de vie. J'ai marché la peur au ventre, si peu persuadée d'avoir eu raison. Je ne pensais qu'à mes lutins, écartelés, et dont l'avenir dépendrait du goût des heures que j'allais vivre de l'autre côté. Comment  quelques mètres seulement peuvent se remplir d'idées qui caracolent à tout va? 

Ils m'ont regardée, cherchant déjà à connaître en quelques secondes le fond de mon âme. Ils ont décortiqué ma vie des heures durant, répertorié mes joies et mes peines, épeluché mon passé, compilé mes erreurs et mes manques. Leurs questions étaient lourdes d'enjeu et mes réponses remplies de ces années d'attente. La tête me tournait de mots et de ressentis épars. Je subissais l'injustice. Encore. 

Puis, très vite, les témoins sont passés et leurs mots ont apaisé mes craintes et redonné de l'eau à ma bouche. Ils ont parlé de ma morale et de mes courages, de mes enfants et de lui.

Lui n'a rien dit. Il ne pouvait pas. Il n'était pas là. J'ai ressenti son absence  comme une blessure supplémentaire, comme la certitude que jamais ma valeur de femme, de mère et d'épouse n'avait eu grâce à ses yeux. J'ai eu mal, éperduement, mais définitivement. 

Il ne reste plus qu'à attendre. Evidemment. Mais le pire est fait. Je suis habituée à attendre.....